Julie Belgraver : le confinement comme épreuve mentale

Jeune Franco-néerlandaise installée au CNE depuis 2018, Julie Belgraver, jeune globe-trotteuse et promesse du tennis, a vécu le confinement comme une véritable épreuve. Mais entre l’ennui et la frustration, elle en a profité pour travailler son point faible : la concentration.

Quand on demande à Julie Belgraver ce qui l’a motivé à devenir joueuse de tennis, le mot « voyage » vient juste après les termes « plaisir » et « compétition ». « J’aime voyager, découvrir le monde tout en jouant des tournois. On n’a pas trop le temps de visiter habituellement, mais quand je ne joue pas, j’essaie de le faire quand même », avoue la jeune Franco-néerlandaise, qui vient de fêter ses 18 ans. Cette vie de globe-trotteuse qu’elle aime tant lui a déjà permis de jouer aux quatre coins du monde, de l’Australie à l’Argentine, en passant par la Russie ou la Tunisie.

Une vie à 10 000 à l’heure, entre préparation au Centre national d’entraînement du tennis (CNE) à Paris – qu’elle a rejoint en septembre 2018 – et tournois tout autour du globe pour convertir son rêve en réalité. Jusqu’à un certain 17 mars 2020. Comme tout le monde, la jeune joueuse s’est retrouvée confinée du jour au lendemain. Pendant deux mois. Plus de voyages. Plus de tournois, d’entraînements et finie la vie en groupe au CNE.

Nouveau coup d’arrêt

Le CNE et ses chambres, qui hébergent habituellement les jeunes promesses du tennis français, accueillent alors des malades du coronavirus en voie de guérison. Pour Julie Belgraver, comme pour ses amis du CNE, c’est forcément un coup dur. Saison arrêtée, une reprise repoussée plusieurs fois, Roland-Garros reporté… Un nouveau coup d’arrêt dans la progression de la native de La Haye : la saison dernière, elle avait été contrainte de s’arrêter sept semaines à l’issue de Roland-Garros. « J’ai toujours eu mal au genou parce que j’ai grandi très vite. Après Roland-Garros, j’ai senti que j’avais vraiment mal et j’ai dû m’arrêter », raconte la jeune joueuse. La blessure la prive de Wimbledon. Et faute d’avoir engrangé assez de points, elle manque aussi l’US Open. Mais dans le cocon du CNE, Julie Belgraver récupère et revient.

Cette année, c’est donc auprès de sa mère, Noëlle Van Lottum, ancienne joueuse professionnelle, que la jeune tenniswoman a passé plusieurs semaines de confinement. L’ancienne 59e joueuse mondiale travaille elle aussi au CNE, comme entraîneure. Mais elle ne coach pas sa fille. Alors elles se côtoient peu, habituellement. « Quand j’étais à l’Open d’Australie en janvier, ma mère était en Amérique du Sud. Mon père [lui aussi entraîneur] a pu venir parce qu’il avait une semaine de vacances, mais c’est très rare. »

Bouteilles d’eau et « shadow tennis »

Mais le confinement a été une nouvelle épreuve pour Julie Belgraver, qui venait de faire son entrée dans le classement WTA, à la 1163e place (elle est classée 48e au classement ITF Juniors). De l’incertitude, de la frustration, et aussi de l’ennui pour celle qui est toujours scolarisée aux Pays-Bas et qui suit les cours à distance. « Je ne faisais pas grand-chose, concède-t-elle. J’avais vraiment envie de bouger ! Alors je sortais un peu plus qu’une heure par jour, j’allais courir dans le Bois de Boulogne, je faisais du renforcement musculaire avec des bouteilles d’eau ! » Loin de la salle de musculation dernier cri et de l’encadrement du CNE, elle reçoit des consignes et des programmes, et elle s’adapte. « Au début du confinement j’étais chez une amie qui avait des balles, alors on faisait du shadow tennis [du tennis contre un mur] pour garder la main. » Elle parle beaucoup avec son coach mental, aussi. Et à défaut de pouvoir travailler ses points forts – le service notamment -, elle en profite pour renforcer son principal point faible, la concentration. « Souvent en match je ne prends pas assez mon temps, je veux jouer trop vite, explique la droitière franco-néerlandaise. Alors je fais du yoga au CNE pour travailler ma concentration, et j’ai continué pendant le confinement avec des exercices. J’écris beaucoup de choses, ça m’aide. »

Cette nouvelle épreuve passée, Julie Belgraver peut à nouveau se tourner vers la suite de la saison : les différents circuits ont repris leur cours dès le mois d’août et Roland-Garros, l’objectif habituel du printemps, est programmé à partir du 27 septembre prochain. Le tennis est de retour, petit à petit. Pour les voyages, il faudra patienter encore un peu.

Clément Argoud

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