Lucie Nguyen-Tan : L’art du rebond

Lucie Nguyen-Tan à Roland-Garros, en juin 2019. PHOTO PIERRE NGUYEN-TAN

Le départ de son club de toujours, une blessure au poignet gauche puis un changement d’entraîneur. La première année de Lucie Nguyen-Tan au Centre national d’entraînement de la Fédération française de tennis a été mouvementée. Mais pas suffisamment pour perturber la Parisienne, qui a su s’adapter et rebondir au gré des évènements.

Dix-huit minutes à pied. C’est le temps qui sépare le Tennis Club du 16e arrondissement de Paris (TC 16) du Centre National d’Entraînement (CNE), où sont formés les futurs joueuses et joueurs professionnels du tennis français. En septembre dernier, à seize ans, Lucie Nguyen-Tan s’est éloignée du premier pour rejoindre le second, moins de deux kilomètres plus loin. « J’ai arrêté de travailler avec mon entraîneur précédent (Cyril Tronqual). À ce moment-là, on m’avait déjà proposé de rejoindre le CNE, se souvient-elle. Puis j’ai décidé de l’intégrer. »

Lucie, qui a choisi de s’orienter vers une carrière de joueuse il y a deux ans, a été attirée par l’environnement professionnel du centre national : « De nombreux joueurs et joueuses pro s’entraînent là-bas. Ça avait l’air structuré, je me disais que je pourrai bien progresser. » L’adolescente reste toutefois licenciée au club de ses débuts, avec lequel elle peut jouer des matches par équipes lorsque son emploi du temps le permet. Elle profite également des courts du « TC 16 » pendant les vacances afin de garder le rythme, avec sa petite sœur ou d’actuels licenciés. Le reste de l’année, elle s’entraîne au CNE.

Changement d’environnement, regain d’intensité

Si les deux structures sont proches géographiquement, leurs exigences sont éloignées. Au départ, Lucie ne mesurait pas le changement de méthode. Avec le recul, elle s’aperçoit qu’elle s’entraîne davantage : « C’est un peu plus intense. Au TC 16, je jouais beaucoup mais je faisais moins de physique ». Les premières séances sont donc délicates mais « pour elle comme pour d’autres », nuance Gwenaël Relandeau, préparateur physique auprès de la FFT depuis dix ans. « Quand on change de structure, la charge de travail augmente, poursuit-il. Et ce n’est pas seulement le changement de méthode. Lorsque c’est nouveau, on a l’impression que cela demande plus d’efforts. »

Même si Lucie est une compétitrice, davantage motivée par l’enjeu des matches que par les séances d’entraînement, elle a dû s’adapter et fournir ces efforts dès le départ. Avec « de l’envie et de l’entrain », se remémore Gwenaël Relandeau, qui la suit depuis son entrée au CNE. La lycéenne, en classe de première, est pourtant arrivée blessée porte Molitor. Avant l’été, elle ressent des douleurs au poignet gauche, qui s’estompent après une visite chez le kiné. Mais à son retour de vacances estivales, où elle a « beaucoup enchaîné les matches », son poignet la fait souffrir à nouveau. Elle décide alors de se rendre au centre médical du CNE pour plus d’examens. Résultat, une tendinite.

Blessée au poignet gauche, meilleure en coup droit

La guérison a pris quatre mois et demi. La joueuse a trouvé le temps long mais n’a pas souffert de la situation : « J’étais dans de bonnes conditions, le CNE est un bel endroit ». Après trois mois d’attelle « contraignants », Lucie a progressivement repris l’entraînement et retrouvé les courts intérieurs du pôle d’excellence. Le moment idoine pour travailler son décalage coup droit, un déplacement qui lui permet de jouer une balle en coup droit alors qu’elle arrive côté revers. Julie Coin, qui l’entraîne depuis fin décembre avec Noëlle Van Lottum, raconte : « Comme elle était blessée au poignet gauche, elle ne pouvait pas faire de revers. Pendant cette période, elle a beaucoup progressé en décalage coup droit. » 

Un avis partagé par l’intéressée : « Ça a été un déclic. Je jouais plus de coups droits qu’avant car il fallait que je couvre mon côté revers. » Lucie a donc dû devenir « encore plus rapide au niveau des jambes », se rappelle Julie Coin, joueuse professionnelle jusqu’en 2015 avant de se consacrer à l’entraînement. L’occasion de mettre à profit le travail effectué avec Gabriel Urpi, son premier entraîneur au CNE : « Il m’a beaucoup aidée au niveau des jambes, retient Lucie. Il était focalisé sur la fréquence et les déplacements. » 

Nouvelles entraîneuses, énième départ

De septembre à fin décembre 2019, la Parisienne s’est en effet échauffée et entraînée sous les ordres de Gabriel Urpi, avec Julie Belgraver, d’un an son aînée (2002). L’Espagnol a ensuite rejoint la Rafa Nadal Academy en tant que directeur du tennis féminin. « Ça a été un peu brutal parce que je ne m’y attendais pas, concède Lucie. Mais en début d’année, lorsque j’étais blessée, je suis restée au CNE pendant que Gabriel (Urpi) était en tournoi avec Julie (Belgraver). Je m’étais déjà entraînée avec Julie (Coin) et Noëlle (Van Lottum), donc ça a été, je les connaissais. »

Après des séances essentiellement consacrées au jeu de jambes, Lucie a donc redécouvert des entraînements généraux, avec « plus de technique et de tactique ». Désormais entraînée par Julie Coin et Noëlle Van Lottum, elle s’est greffée à un groupe de trois filles, Anaëlle Leclercq, Océane Babel et Maélie Monfils, où elle se sent bien intégrée. Julie Coin confie toutefois ne pas encore tout connaître de sa nouvelle joueuse, après quatre mois de coaching : « Les relations, ça prend du temps. On commençait à trouver un peu nos marques avant le confinement. » Depuis, la pandémie de Covid-19 est passée par là. Une nouvelle épreuve dans la première année décidément mouvementée de Lucie Nguyen-Tan.

Martin Boissereau

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