Sean Cuenin, un joueur décoiffant

Il a 15 ans mais nourrit déjà de grandes ambitions. Sean Cuenin est le plus jeune joueur présent au CNE (Centre National d’Entraînement) de la Fédération Française de Tennis, à Paris. Derrière le développement du joueur précoce, il y a un adolescent (presque) comme les autres.

Chevelure blond platine, boutons d’acné, attitude décontractée. Sean Cuenin reste un jeune homme de 15 ans comme ceux de son âge. Pourtant, raquette en main, il devient vite un garçon à part. Le jeune Toulonnais, est l’une des jeunes promesses du tennis français. Quelques mois avant notre rencontre, le 29 juillet 2018, il devenait champion d’Europe des moins de 14 ans en dominant le croate Mili Pojlicak à Most en République Tchèque en deux petits sets (6-2, 6-3). Un titre que la France n’avait plus obtenu depuis Corentin Moutet en 2013, lui aussi en République Tchèque, peut être plus qu’une coïncidence. « C’était une belle victoire qui me rend fier », confiait le jeune pensionnaire du CNE.

« Un style agressif »

Sean évolue sur un court comme dans la vraie vie. Il est sans complexe et « ne se prend pas la tête », selon ses propres mots. Son préparateur physique, Sébastien Poublet décrit son style de jeu : « C’est un joueur complet avec un style agressif qui cherche à faire le point assez vite. »

Il commence ainsi le tennis dans son club local, à Toulon. Ses capacités physiques et techniques ne passent pas inaperçues pour la détection de la Fédération. Avec une « bonne vision du jeu » et « un jeu explosif », selon Sébastien Poublet, il s’affirme dans les catégories de jeunes, au point d’intégrer le Pôle France du tennis au sein du CREPS de Poitiers en 2017 puis le CNE à Roland-Garros, dès l’année suivante.

Dès l’entraînement, l’ombre d’un dévoreur de balles jaunes apparaît. Docteur Sean, d’abord : un visage calme et détendu, pendant les consignes de son coach, Benoît Carelli. Ensuite, Mister Cuenin qui prend place sur le court en ciment avec un regard ne laissant transparaître que l’envie de frapper le plus fort possible avec sa raquette. Des « Put**n ! » viennent se perdre, ça et là, traduisant l’envie de bien faire et surtout de mieux faire.

 

Depuis ses trois ans, Sean vise une carrière professionnelle

Le tennis, du jeu au métier

Ambitieux, Sean aborde toutefois le tennis avec simplicité et envie. Ce sport, il l’a découvert au contact de son père sur la Rade de Toulon comme il l’explique : « J’ai suivi mon père qui jouait au tennis avec des amis, à trois ou quatre ans. Ça m’a plu et j’ai poursuivi. ».

« Il a un jeu ludique », pour Sébastien Poublet. Au plus profond de ses entrailles, c’est bien le virus du jeu, du beau jeu qui frappe cette jeune pousse. Un revers à deux mains efficace et un coup droit dévastateur. La symphonie tennistique est déjà bien rodée. Reste maintenant à acquérir assez de souffle pour jouer un opéra de trois à cinq actes : « On doit travailler l’endurance avec Sean », confie le préparateur physique, « pour le rendre plus entraînable et augmenter les doses d’entraînement. […] C’est une base qui lui servira dans sa carrière pour enchaîner les semaines de compétition, enchaîner les matchs de jour en jour, tenir la distance sur des matchs longs, en 5 sets. »

Une voie inévitable pour faire du tennis « son métier », selon Sébastien Poublet, et peut être devenir le joueur français à suivre dans les années à venir. Pour paraphraser ses idoles, les joueurs de l’OM et le rappeur marseillais Jul, on peut dire que Sean doit aller droit au but pour espérer avoir la tête dans les nuages. Ceux de Roland Garros bien sûr.

Contrôle Technique : De la chenille au papillon

L’âge de la puberté, l’heure des grands changements. Pour Sean Cuenin, 15 ans signifie travail physique intensif pour passer du statut d’espoir au rang de futur champion.
Sean et Sébastien Poublet, son préparateur physique

 

L’endurance est la capacité de maintenir dans le temps un certain niveau d’intensité exigée. Au tennis, savoir bien jouer ne suffit pas, il faut savoir bien jouer longtemps. Comme le confie le préparateur physique Sébastien Poublet à propos de Sean : « C’est quelqu’un comme tout enfant qui aimait jouer et faut qu’il le garde ça le plus longtemps possible mais faut qu’il apprenne autre chose et il est entrain de progresser énormément sur ce point de vue là, c’est que ça doit devenir un métier avec des exigences, de la rigueur. »

Ainsi, à l’entraînement, une notion survient vite : le cardio. Enchaîner les coups de raquette selon une horloge et un cycle bien précis.

90 secondes et des frappes à un rythme intensif

Tout cela entrecoupé de pauses régulières… et nécessaires.

Ensuite, le service après-vente. La salle de musculation après le court. Réflexes du corps, accessoires pour travailler tous les muscles et en complément une nutrition saine. Un travail de tous les instants.

Une torture ou la clé du succès ?

Un titre se construit aussi hors des courts.

MEHDI LUNAY

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