Quelques anciens de sa promotion ne l’oublient pas.

« Groom réceptionniste, videur de cendriers au Lutétia » : cela figure sur une ligne du CV que tu as peaufiné en sortant de l’école de journalisme de Lille, en 1991. On t’imagine tellement bien tendre l’oreille au papotage de starlettes ou aux chuchotements d’hommes d’affaires, et te régaler en secret des perles récoltées. Des cendriers, finalement,  tu en as vidé toute ta vie, et quelques bouteilles aussi. Tu avais ce goût intense de la provocation, un besoin permanent de séduire, le panache des grands princes de la nuit, et toujours cet éclat de malice au coin du regard.  Des basfonds de Paname à la brousse africaine, de la terrasse d’un château bordelais à celles des bars du Vieux Lille, tu promenais ta nonchalance et semais partout ton humour perçant, ton affectueuse générosité. Tu étais flamboyant, casse-cou, mais ta beauté et ton talent t’accordaient tous les pardons. Un fou du roi, prêt à tout sacrifier pour un bon mot. Tu apportais la joie, le rire, l’imagination débridée. Tu voulais tout savoir, comprendre les pauvres et les puissants. Tu avais parfois des fulgurances, dont celle-ci, lâchée un soir à Paris, comme un avant-goût de ce qui allait venir : « Beaucoup de gens passent leur vie à chercher l’accélérateur, mon problème consiste à dénicher le frein. »  Les derniers souvenirs, les dernières rencontres étaient plus tristes : tu semblais te lézarder, craqueler de toutes parts. Mais tu balayais nos préoccupations d’un revers magnifique, nous montrais des photos de tes deux filles, si jolies, l’éclat de ton regard s’animait, et nous espérions tous que cela te sauverait. Même si tu es loin maintenant, l’intonation de ton rire continue de résonner en nous.

Anne, Cécile, Christian, Christine, Isabelle, Jean-Simon, Marianne, Nicolas, Patrick, Pierre (de la 65e promotion)