Depuis quelques années, de plus en plus de projets éditoriaux se développent pour couvrir l’actualité du continent africain, notamment le Monde Afrique, le Point Afrique, … Pourquoi ? Comment couvre-t-on l’Afrique d’aujourd’hui ? Pour répondre à ces questions, l’ESJ Lille a invité le mercredi 18 octobre dernier Serge Michel, responsable éditorial du Monde Afrique, Malick Diawara, responsable éditorial du Point Afrique et Trésor Kibangula, journaliste à Jeune Afrique et ancien de l’ESJ Lille.

Plusieurs médias ont développé ces dernières années des projets éditoriaux portant sur l’Afrique, continent doté d’une présence francophone importante. Un engouement expliqué par le fait que ce terrain reste inexploré. Il suscite de nombreux enjeux et déborde de sujets qui doivent être traités en cherchant au-delà des évidences. « On a trop longtemps fait les Tintins » précise Serge Michel, il faut désormais écrire pour les africains et non uniquement pour les français. Ces médias réunissent majoritairement une audience africaine. En effet, comme l’exprime Trésor Kibangula, celle du Jeune Afrique est constituée à plus de 75% de lecteurs venant du continent.

« Changer le traitement de l’information des médias français sur l’Afrique » est la vision de Serge Michel concernant la création du Monde Afrique en 2015. Les projets éditoriaux tels que le Monde Afrique et le Point Afrique expriment une volonté de développer de nouvelles audiences et de nouveaux contenus. Sans pour autant tomber dans un « afro-dynamisme », ces médias français cherchent à changer les a priori d’une Afrique négative (conflits, épidémies, coups d’État, …) afin de valoriser la création culturelle, la technologie ou encore la mode. « On a pris conscience que l’Afrique n’est pas qu’un continent de guerre ; il y a une Afrique qui bouge, qui se développe » soutient Malick Diawara.

Parallèlement, ces formats permettent le développement de nouveaux revenus. La rédaction du Monde Afrique se finance via des actions événementielles en France et en Afrique, des sponsors d’entreprises privées ainsi que des partenariats.

Les médias internationaux accaparent l’information africaine, on pourrait alors penser à un néo-colonialisme médiatique. Cependant, l’Afrique fait face à de nombreuses difficultés qui compliquent l’exercice du métier à l’échelle locale. Bien que l’idée première de Serge Michel et Malick Diawara était de faire appel à des journalistes locaux, ils ont le plus souvent recours à des journalistes français : « ceux qui connaissent ne sont pas toujours ceux qu’on pense ». Les journalistes locaux sont menacés par les autorités qui censurent les médias. « Il faut écrire à destination des africains car il y a un besoin de connaître la réalité des choses » signale Trésor Kibangula. De plus, le métier reste mal rémunéré. Les journalistes quittent généralement la profession tandis que certains s’autoproclament comme tel, renforçant ainsi la désinformation. A cela s’ajoute le problème de la formation au métier qui reste peu développée.

Trésor Kibangula insiste sur la démarche engagée de Jeune Afrique : « on n’hésite pas à dénoncer ». Soutenu par le journaliste du Point Afrique qui accentue l’idée d’une liberté totale dans son métier, ne cédant pas aux chantages des autorités. L’objectif de ces médias est de donner un maximum d’éléments afin d’éclairer la réalité sans influencer le lecteur : « pour que vous puissiez vous faire votre propre opinion » affirme Malick Diawara.

Malgré des progrès ainsi qu’une couverture médiatique de plus en plus importante, l’Afrique reste trop peu exploitée du fait de sa complexité et de son inaccessibilité. Ce continent présente de nouveaux défis pour le monde des médias.

Texte par Mathilde Frican et Léna Tisserant,
Photos par Esther Lelièvre,
Étudiantes de l’Académie ESJ Lille