*Détestés ? part d’un constat partagé entre l’École supérieure de journalisme de Lille et la société de production Tournez S’il Vous Plaît d’une situation paradoxale. D’un côté, le métier de journaliste continue d’attirer et de l’autre il essuie des critiques grandissantes du public et des jeunes en particulier. “Les journalistes” ne disent pas la vérité, ne sont “pas objectifs”, ils traitent “toujours des mêmes sujets”, sont “prêts à tout pour faire de l’audience”…

D’où l’idée commune de proposer à un public de lycéens et collégiens une série de portraits de jeunes journalistes qui incarnent le métier et racontent sans détour leur quotidien, leurs enthousiasmes et leurs doutes aussi.

L’objectif est de montrer la réalité du métier et l’envers du décor, tout en créant une proximité entre le public visé et les personnages choisis : liberté de ton et propos très concret sur leur pratique professionnelle, afin que les jeunes destinataires de la série comprennent qui sont ceux qui fabriquent l’info et comment ils travaillent. Les profils retenus sont à la fois suffisamment jeunes pour être dans leur premier élan et suffisamment professionnalisés pour porter un regard déjà acéré. C’est aussi celui de Joséphine Duteuil, la réalisatrice, âgée de 24 ans.

Leur jeunesse les rapproche du public de moins de 25 ans qui s’informe sur internet et les réseaux sociaux et méconnaît souvent les médias traditionnels. Cette distance nourrit la défiance : ces jeunes professionnels représentent également une large palette du métier, de la presse quotidienne régionale aux médias TV, en passant par une forme de militantisme avec Forbidden stories, qui se donne pour mission de poursuivre les enquêtes des journalistes emprisonnés ou tués.

La profession de journaliste est aujourd’hui si mal vue par une grande partie du public qu’il apparaissait évident de titrer cette série “Détestés ?”.

Quelques mots sur la série

Il suffit de passer cinq minutes avec des jeunes journalistes pour comprendre qu’ils sont un concentré de conflits de valeurs. Animés par un idéal fort, qu’ils veulent vivre, celui de porter l’information dans un monde qui en a bien besoin, ils se heurtent de plein fouet à une âpre réalité : celle d’une profession qui ne rend pas facilement heureux. Précarité, médias vieillissants ou trop normés à leurs goût, pour un public méprisant, voire agressif, beaucoup surfent entre toutes ces contraintes pour avancer… Mais vers où ?

Jusqu’où peut-on tenir l’engagement qu’on s’est fixé avec soi-même et avec le public quand on bosse dans un média tout info, comme Guillaume, journaliste à BFM ? Mettre toute sa conviction écologiste dans ses sujets pour rester soi-même, comme Lorène, à Reporterre, n’est-ce pas le contraire de la sacro-sainte objectivité ? Peut-on vraiment trouver sa place et, surtout, apporter son regard au JT, comme Madjid à Francetvinfo. fr, quand on a grandi dans des quartiers qui ne supportent pas les journalistes ? Se battre pour un journal local confronté à la crise de la presse écrite, comme Grégoire à l’Yonne républicaine, n’est-ce pas briser ses premiers rêves professionnels sur un navire

qui prend l’eau ? Dénoncer les fausses infos, comme le fait Aude sur YouTube, n’est-ce pas se condamner à passer pour une donneuse de leçons, ciblée par les «haters» ? Continuer les enquêtes de journalistes assassinés, comme Jules à Forbidden Stories, n’est-ce pas choisir de vivre délibérément dans les replis les plus angoissants de la noirceur du monde ? Alors, pourquoi s’accrocher ? Comment trouver son équilibre quand on sacrifie beaucoup pour sa toute jeune vie professionnelle, majoritairement pour un maigre salaire après des années d’études, et pour se faire si souvent cracher dessus ?

Nos portraits en action de jeunes journalistes montrent leurs premiers pas dans la vie active. Madjid, Lorène, Grégoire et les autres s’interrogent. Pour eux, leur métier était un rêve, un idéal. Mais le fameux “travail- passion” permet-il de tout affronter ? Ou risque-t-il de les conduire à tout accepter ? Chacun cherche ses réponses. Pour cette génération qui refuse les “bullshit jobs”, la quête de sens est plus aiguë que jamais. L’engagement est évidemment un des moteurs de chacun des personnages proposés. Mais un engagement pour quelle société ? Par quelles actions concrètes peser sur l’avenir, et à quel prix personnel ?

Lien pour visionner les portraits : https://youtu.be/kyL4ibVzIOA