©Joël Saget – AFP

Avec la disparition d’Hervé Bourges, une page de l’ESJ Lille vient de se tourner. Étudiant (1956) puis directeur (1976) et président du Conseil d’administration de notre école (1981), il a mené une longue carrière professionnelle au cours de laquelle il a notamment dirigé France Télévisions, TF1, RMC, RFI, Canal+ Afrique et le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).
Pendant des décennies actives, son attachement et sa fidélité à l’école ont marqué ceux qui ont travaillé à ses cotés.

Par Pierre Savary, actuel directeur de l’ESJ Lille, et ses prédécesseurs.
Le premier souvenir d’Hervé Bourges qui me revient en mémoire se passe dans son bureau, à France Télévision, quelques jours après ma nomination à la direction de l’école. L’avant veille, appel d’Hervé Bourges : « Il faut se voir rapidement pour parler de notre école ». L’accueil fut chaleureux, le court rendez-vous prévu durera des heures de tête à tête. Des heures pour parler du journalisme, de son école, de ce qu’elle représentait pour lui, de son avenir.
Il n’était plus directeur ou président de l’ESJ Lille, d’autres fonctions l’occupaient, mais la vie de l’école, la compréhension de son évolution, comptait pour lui.

Philippe Vasseur, ancien président du CA de l’ESJ retient aussi cet attachement sans faille : « Quand je dis que nous étions unis par une même fidélité à l’école ce n’est pas anodin. En toutes circonstances, même lorsqu‘il exerçait les plus hautes fonctions, il restait attentif à l’ESJ. C’était affectif et cet attachement a duré tout au long de sa carrière et de sa vie ».
Affaibli par la maladie, il a mis un point d’honneur à rédiger un mot d’excuse et un pouvoir pour les réunions des Conseils d’administration auxquels il ne pouvait plus participer (il y siégeait en tant qu’ancien président).

Cette fidélité est aussi mise en avant par Loïc Hervouet, directeur de 1999 à 2005, qui partage avec Hervé Bourges, la triple casquette : ancien, directeur, président.
« De Madagascar où j’avais organisé un voyage d’Hervé pour qu’il y fut fait docteur honoris causa de l’Université d’Antananarivo, de la brousse qu’il aimait tant, où j’apprends son décès avec deux jours de retard pour internet défaillant, l’émotion est bien évidemment fortement présente. Mais aussi le souvenir très présent, et pour longtemps, d’un président engagé, entreprenant, convaincu, qui m’avait demandé de lui succéder à ce poste en 1992. Je lui rendrai la pareille en 1998, lorsque cumulant provisoirement les deux fonctions de président et de directeur, je lui demanderai de rempiler à ce poste pour bien marquer la continuité de l’institution. Ses conseils juridiques du CSA, sa famille même, son entourage, l’incitaient à ne pas revenir sur ses pas. Il leur a tenu tête après m’avoir posé une seule question : « Est-ce que tu penses que l’école en a vraiment besoin ? » – « Oui » – « Alors, quand tu veux. » Sa passion était totale dès qu’il était question de l’ESJ. Son désintéressement était absolu et fit voler en éclat de misérables rumeurs parfois véhiculées par des jalousies et des inimitiés que cet homme de caractère pouvait évidemment susciter. Nous eûmes des désaccords véniels, toujours tranchés dans le respect. Respect total, Hervé ! ».

Marc Ventouillac, président de « Réseau ESJ », l’association des anciens étudiants de l’école est un autre témoin de cette fidélité. « Depuis que j’ai accédé à la présidence de Réseau ESJ, Hervé s’est toujours montré proche de notre association. Il y adhérait régulièrement et, voici trois ans, il était venu en personne apporter son formulaire d’adhésion lors de la soirée que nous organisons tous les ans sur Paris. À intervalles réguliers, il nous faisait part de ses encouragements et de ses remerciements pour le lien que nous essayons de tisser entre diplômés de l’École. Voici quelques années, il avait autorisé la diffusion à destination des anciens de pages de son autobiographie consacrées à son passage à la direction de l’école.
Malgré la maladie, il se tenait proche de l’ESJ, heureux (il nous le faisait savoir) de recevoir la « lettre de nouvelles » que nous lui adressions par courrier. Il répondait toujours présent à nos appels. Hervé est resté fidèle à l’école toute sa vie. Les anciens peuvent lui en être reconnaissants. »

Peu d’hommes ont compté autant dans la vie professionnelle de Patrick Pépin, directeur de 1991 à 1999 qu’Hervé Bourges : « Pour moi, comme pour beaucoup, Hervé c’était d’abord l’ESJ, l’École avec une majuscule. Il en a été l’élève brillant, le directeur visionnaire, le Président courageux et passionné. S’agissant de son école, il était d’une fidélité à toute épreuve. Mais autant écrire tout de suite que la fidélité était la composante dominante de son caractère et de sa personnalité. Fidèle à ses idées et à ses engagements dans toutes les circonstances, dans la réussite comme dans les vicissitudes de la vie. Et parce que ses convictions étaient réelles et profondes, partout où Hervé Bourges passait, il laissait sa trace. Dans toutes les fonctions qu’il a occupées, il a donné envie d’être suivi, accompagné n’exigeant de ceux qui l’aimaient et le respectaient qu’ils soient des confrères plutôt que des disciples. Ce n’était pas toujours facile, mais je n’en connais pas un ou une qui s‘étant frottés à lui ne sortaient pas convaincus de la justesse de ses intuitions.
À son nom sont attachées une vie professionnelle et une humanité d’une richesse sans égale. De Lille à l’Algérie, de Yaoundé à Témoignage Chrétien, de RFI à TF1, de France Télévision au CSA Hervé Bourges a marqué son passage avec le journalisme et la francophonie comme fils conducteurs. Une trace authentique. »

Marc Capelle, directeur en 2011-2012, était étudiant de l’école quand Hervé Bourges occupait le poste de directeur de l’ESJ Lille : « Par la suite, je l’ai connu comme président de l’école dont il a fortement accompagné le développement international. Exigeant et rigoureux, il savait mettre son expérience professionnelle au service des autres. Pour nous tous, il était un sage, comme on les respecte en Afrique, ce continent qu’il aimait tant. Je retiens aussi le défenseur de la francophonie, de la liberté de l’information et de la diversité dans les médias. À l’heure où le journalisme se pose bien des questions, son autorité naturelle, nous manquera. »

Daniel Deloit, directeur de 2005 à 2011, retient le privilège d’avoir travaillé sous sa présidence : « Bien sûr, les privilèges ont leur part d’exigence et le bonheur impose la persévérance. Hervé Bourges possédait cet art intuitif de l’humain, parfois abrasif ou caustique, qui vous poussait au dépassement et vous révélait à vous-même, sans compromis, sans fausse vérité. Au-delà de sa vision rigoureuse du journalisme et de son regard aiguisé sur l’univers des médias qu’il avait tant contribué à façonner, l’homme savait aussi fendre l’armure avec jovialité. Que de moments exaltants ceux où il aimait à raconter l’Algérie de son coeur, exposait avec passion sa vision fraternelle de l’Afrique ou plaidait avec tant de conviction en faveur des cultures francophones. Ses idées, ses engagements et ses actes révélaient toujours une profonde intelligence de son environnement et traduisaient une clairvoyance à vocation universelle. Sa mémoire restera intacte en moi, désormais gravée… dans l’ivoire des éléphants ! ».

Les obsèques d’Hervé Bourges auront lieu lundi 2 mars, à 10h30 à l’église St Eustache à Paris.